13.8.13

Pacific Rim - La dérive sur les rives


- Attention : spoilers - 

Après une longue absence, je reprends mes fonctions ici ! 
Comme indiqué un peu partout, en plus de profiter de mes vacances, j'ai erré dans les voies les plus sombres du Template Maudit mais j'en suis revenue vivante et plus forte. Je parle comme dans un film américain et ça tombe bien, c'est le thème du jour avec mon avis sur Pacific Rim.


La bande-annonce laissait présager un mélange de Godzilla et Transformers. Pas vraiment mes films de prédilection, donc. Pourtant, au détour de critiques et d'avis sur Twitter, j'ai cru comprendre que c'était quand même un cran au-dessus. En plus, j'ai beaucoup aimé deux des films de Guillermo del Toro, Le Labyrinthe de Pan et L'Orphelinat, qui sont bien plus psychologiques et dramatiques que leur couverture fantastico-horrifique ne le laisse paraître. Alors j'ai dit banco.

La première heure de film est jouissive, ça, on ne peut pas le nier.
Le pitch est très simpliste mais efficace et suffisamment ancré dans le réel pour que ça nous emmène : dans un futur proche, une brèche sous-marine ouvre un portail vers un monde de monstres géants -les Kaiju-, qui en profitent pour venir attaquer la Terre de plus en plus souvent au fil des décennies. A cela, l'Homme a répondu en créant des robots géants -les Jaegers- contrôlés de l'intérieur par deux pilotes en symbiose cérébrale.

Pendant une heure donc, on nous présente les Kaiju (énormes, impressionnants et... étrangement beaux), les Jaegers (énormes et tout aussi impressionnants malgré leur look de Mégazord, le robot formé par les Power Rangers), des grosses bagarres avec plein de bruit pour le côté blockbuster, le concept de la "Dérive" -partage des souvenirs entre pilotes d'un Jaeger- pour le côté dramatique. Les acteurs ne sont pas des superstars et les personnages sont intéressants. Alors on se dit que ça va être méchamment cool.


Pourtant, j'ai décroché alors que l'histoire commençait réellement.
Les Jaegers ne suffisant plus pour arrêter les monstres de plus en plus nombreux, les pilotes partent au casse-pipe. On arrête donc d'utiliser les Jaegers et à la place, on construit des murs réputés incassables sur les rives du monde entier. Soit.
A peine 5 minutes plus tard, un ancien général-amiral-marshal, bref, un brave soldat retiré, décide en douce de ressortir les Jaegers de la naphtaline parce qu'on sait jamais. Il vient alors chercher le héros, un des meilleurs pilotes de Jaegers. OK.
Le héros a tout juste le temps de faire connaissance avec les gens de la base secrète que l'un des murs incassables se fait casser. Oh dis donc.


A partir de là, c'est la farandole du cliché, d'autant plus effarante que la première moitié du film était vraiment réussie. Comme si la réalisation d'un blockbuster réveillait des esprits frappeurs qui prennent possession des réalisateurs. Roland Emmerich et Michael Bay n'y seraient donc pour rien...

Voici quelques symptômes de possession par le démon du blockbuster, tous présents dans Pacific Rim :

  • le Rival du héros méchant et agressif, qui se révèle gentil et reconnaissant à la fin
  • le Héros qui se fait embêter mais qui reste digne
  • la Fille qui se fait sauver par le héros et qui tombe sous son charme
  • le Scientifique Fou à lunettes, coincé du cul et bourré de tics
  • le Mec-qui-fait-le-Malin après une bataille mais qui se fait bouffer par surprise juste après
  • le Mec qui court, qui tombe et qui préfère continuer à avancer à quatre pattes plutôt que de se relever pour avancer plus vite
  • le Mec qui court tout droit alors qu'il est poursuivi par une énorme menace tueuse, plutôt que de bifurquer
  • le Vétéran qui rempile pour aider à sauver le monde
  • le Héros qui se sacrifie, qu'on croit mort et qui montre qu'il est vivant en faisant une blague teeeellement détendue...

J'ai l'air de cracher sur les blockbusters mais il n'en est rien. J'aime les blockbusters quand il y a un petit truc en plus, un côté graphique poussé (300) ou un sens de la nuance dans l'histoire (Alexandre, Sucker Punch). 
Mais voilà, il n'y a absolument rien de spécial dans la seconde moitié de Pacific Rim, surtout pas un point d'honneur à mettre le paquet sur le côté graphique. Il y aurait eu de quoi faire de belles choses avec ces monstres de chair et d'acier mais tout est souvent brouillon, on ne voit pas ce qui se passe la plupart du temps tellement les plans sont surchargés, sombres ou tremblants.
Du coup, à défaut de clarté dans l'image, on compense par des couleurs criardes car un plan sur trois est saturé de fluo, que ce soit sur les monstres ou au poste de contrôle des robots. A côté, le Batman & Robin de Schumacher, c'est The Artist.

Oh mon dieu, Batman, ces Kaiju sont tellement plus fluos que nous.

Enfin, qu'on m'explique pourquoi avoir tant parlé de la fameuse "Dérive" si c'est pour ne rien en faire du tout !! J'aurais même accepté un énième cliché du genre "on sauve le héros à la fin en entrant dans sa tête" plutôt que cette absence qui laisse un goût d'inachevé.

Tout ce qu'il reste, du coup, c'est de la bagarre même pas esthétique, de l'humour pas nouveau et attendu à chaque moment-clé et des personnages pas exploités comme ils auraient pu l'être.
Pour une fois que le héros faisait un peu vrai, en plus d'avoir un air du regretté Heath Ledger.
Pour une fois que le personnage féminin n'était pas un canon mais plutôt une jolie fille.

Pour une fois qu'un film avec des gros robots aurait pu être autre chose qu'un film avec des gros robots.

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