29.6.14

Maléfique - Jolie Jolie Joliiie


- Pas de spoilers -

C'était plutôt mal parti, à vrai dire. Mon intérêt pour Maléfique est allé décroissant au fur et à mesure des mois suivant sa mise en chantier, à commencer par l'annonce d'Angelina Jolie comme incarnation de la plus marquantes des méchantes Disney.
Parce que même encore maintenant, j'aime bien Angelina, mais en même temps, je ne l'aime pas. Je l'aime bien parce qu'elle peut très bien jouer la comédie, comme le prouve sa prestation dans L'Echange. Ce que je trouve vraiment dommage, c'est que le jeu de ses yeux est parasité par cette bouche inexpressive et démesurée que tout le monde voit pourtant comme son atout. 

Je restais néanmoins dans l'expectative parce que La Belle au Bois Dormant reste dans le Top 3 des cassettes Disney qui ont bien chauffé dans le magnétoscope parental. J'aurais donc regardé Maléfique dans 3 ans si on ne m'avait pas traînée au cinéma en me proposant de m'offrir la place, que le film me plaise ou pas. J'ai choisi la séance en 2D pour rester objective et... j'ai beaucoup aimé !

Micheline, Le Petit Chaperon c'est sur l'autre plateau.

Je vais commencer par ce qui m'a déçue.
Premièrement, la réalisation manque un peu d'originalité, c'est flagrant dès les premières minutes. On nous dépeint un pays féérique, jouxtant une contrée plus réaliste et sombre. Ce paradoxe est indispensable à l'histoire, il en est même la clé. Mais la représentation du monde des fées est affreusement déjà vue : si vous avez vu Avatar, Alice au Pays des MerveillesBlanche-Neige et le Chasseur, vous comprenez de quoi je parle. C'est très saturé, très brillant, très léger. Très propice à la nausée et très plat à la fois. Heureusement, ça ne procure juste pas d'émotion mais ce n'est pas non plus agaçant.


Non, ce qui est vraiment agaçant dans le film, c'est le traitement des 3 Bonnes Fées. Alors entendons-nous bien : je suis pour les visions différentes et le changement, je n'ai pas comparé le film au dessin animé, qui m'est sorti de la tête très facilement. Sauf pour les Fées. Dans la version animée, on a ces 3 bonnes dames un peu têtes-en-l'air mais assez terre-à-terre pour réussir à cacher une gamine pendant 16 ans, assez folles d'amour pour endormir un royaume entier afin que leur princesse ne manque rien de la vie pendant son sommeil forcé. Dans Maléfique, on nous inflige (il n'y a pas d'autre mot) quelque chose de différent, certes, mais d'affligeant : trois gamines de 40 ans, antipathiques, inutiles, stupides, superficielles... et faites en effets spéciaux de 1995. En fait, j'ai eu très envie que Maléfique les bute, ça m'aurait évité de lever les yeux au ciel à chacune de leurs apparitions.



Voilà, c'est tout ce que je n'ai pas aimé.
Dire qu'à cause d'Alice au Pays des Merveilles (le Chapelier qui danse, punaise...), j'ai failli ne pas voir Maléfique avant longtemps. Ça aurait été dommage, parce qu'il contient ce que j'attendais du film précité : du changement justifié dans l'histoire et du réalisme, assez subtil pour que les enfants ne le captent pas mais assez prononcé pour intéresser les adultes. Si l'image est toujours très Disney et les couleurs vives, les tenants et aboutissants sont moins proprets.

Dès l'introduction pourtant toute mimi-bisounours, si on connaît un peu le dessin animé, un "détail" intriguant nous fait nous douter que, dans peu de temps, quelque chose va arriver et mettre Maléfique sur le sombre chemin qu'on lui connaît. Et lorsque l'évènement en question s'est produit, j'ai eu l'agréable sensation d'être devant un film qui s'annonçait prometteur, et surtout pas devant un Disney édulcoré. C'était vraiment dramatique et le jeu d'Angelina Jolie m'a bluffée à cet instant précis.
Heureusement, le reste du film est dans la même veine. Bien qu'un peu rapide parfois sur l'évolution du personnage de Maléfique, il n'est jamais trop manichéen. Le film a été markété comme un "Maléfique Origins" et on s'attendait à une justification des mauvaises actions de la dame en noir. C'est le cas, bien sûr, et c'est plutôt bien fait. Franchement, j'ai trouvé ça un peu plus subtil qu'un gentil Jedi qui devient Dark Vador pour toujours, sans plus jamais réfléchir à la chose une fois la colère et le chagrin passés. N'en déplaise aux fans de Star Wars, pour ma part je me suis ennuyée devant 5 films sur 6. Cependant, comme toujours, la cause du pétage de câble est réaliste, simple (mais pas simpliste) et tout le monde peut la comprendre.

Les personnages que l'on connaît sont presque tous là (je vous ai parlé des Fées ?) et plutôt pas mal traités. Aurore et le Prince Philippe restent égaux à eux-mêmes, à savoir qu'ils n'ont pas vocation à être intéressants mais plutôt à avoir de beaux cheveux et à servir l'histoire par leur simple présence. Je pense même que des rôles plus profonds auraient nui au film et l'aurait un peu éparpillé. Un autre personnage, quant à lui, peut sembler un peu gâché car pas vraiment développé : on sait juste qu'il est très très méchant, que c'est comme ça et c'est à peu près tout. En fait, c'est un peu le Maléfique du dessin animé... "Ah oui, on revient dans le combat gentils/méchants estampillé Disney, en fait !", vous dites-vous. Eh bien pas vraiment, parce que même si on peut se moquer du manichéisme de Disney, il y a quelque chose qu'on oublie un peu souvent : dans la vraie vie, on peut avoir affaire à des gens juste mauvais, sans justification. C'est comme ça.








On peut aussi avoir affaire à des gens qu'on a blessés et qui se vengent, comme Maléfique. Cependant, Maléfique n'est pas qu'un film sur ses origines, c'est une réécriture de son histoire et de celle dont elle fait partie.
Oui, on y retrouve les codes de La Belle au Bois Dormant et les grands symboles du conte ou du dessin animé, sans pour autant que ça fasse double-emploi. Ces symboles tout entiers ou leurs détails sont modifiés et quand ils le sont, c'est avec inventivité. C'est même souvent carrément beau.

C'est ainsi que l'on assiste d'un autre point de vue au baptême de la princesse Aurore, moment culte du dessin animé. Ce qui s'y passe ne change pas mais la scène prend une autre dimension, quand on a vu ce qui précédait. C'est le cas d'autres scènes bien connues tout au long du film, toujours réinventées avec brio.


Encore une fois, le film ne se contente pas de "remplir" ce qui avait déjà été fait en 1959. Il humanise Maléfique et les personnages qui l'entourent (la tournure de cette phrase n'est pas anodine, vous comprendrez en voyant le film). Il rend tout ce monde-là un peu plus réel malgré l'esthétique conte de fées qui reste, et c'est ce qui est intéressant. Il y a de la nuance, on ne transforme pas une version enfantine en une version brute et sombre, comme tout le monde le fait depuis les Batman de Christopher Nolan. Il est dommage cependant que la toute fin fasse légèrement baisser le niveau, en revenant sur un chemin déjà vu.

Magie malfaisante = fumée verte. Certaines choses ne changent pas.


Côté musique, nous sommes certes très éloignés du ballet de Tchaikovski, repris comme bande originale pour le dessin animé : James Newton Howard a fait son strict minimum. Il offre tout de même deux morceaux très réussis, l'un tendu (The Spindle's Power) et l'autre touchant (True Love's Kiss), qui intensifient tous les deux des scènes déjà clés. La chanson du générique de fin n'est autre que "Once Upon a Dream" ("J'en ai rêvé") interprété par la chanteuse la plus mystérieuse de ces 2 dernières années, Lana Del Rey, qui transforme le chant de la princesse en un râle sombre et magnifique, pile dans le crédo du film : faire de Maléfique la vraie star.




Vous l'aurez compris, j'ai été très agréablement surprise et surtout touchée. Bien sûr, comme dans tous les Disney, on sème des détails pour que vous versiez votre petite larme quand il le faut. Les ficelles de Maléfique ont beau rester visibles, j'ai été assez souvent surprise pour ne pas déplorer un quelconque manque d'inventivité.
J'attends la sortie Bluray avec impatience : je le classerai entre les Disney et les belles histoires simples et dramatiques qui marchent toujours.




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