6 octobre 2014

Gotham - Cliché city


- Attention, spoilers sur le pilote -

On l'attendait depuis des mois, elle est arrivée il y a 15 jours : la Fox a lancé Gotham, sa série sur la ville qui vit naître Batman et ses antagonistes déjantés. Les bandes-annonces annonçaient la couleur : le fan service serait partout ou ne serait pas. Après avoir vu l'épisode pilote, disons que... c'est effectivement le cas.


Dans Gotham, le personnage principal est le futur commissaire Gordon, ici trentenaire fringuant et droit dans ses bottes, jurant avec la toile de fond. Gotham, la ville, est sacrément réussie : elle transpire la corruption, elle est sombre, elle est sale. D'autant plus que ses protecteurs, M. et Mme Wayne, se font refroidir dès les premières minutes de l'épisode. Froncement de sourcils pour ma part : d'accord, l'histoire (pour une fois) n'est pas centrée sur Bruce Wayne et c'est heureux. Mais là, on dirait un peu le début d'un épisode d'une quelconque série policière, avec la mort de ces quelques personnages sans fond avant le générique de début.

Car Gotham est une série policière avant tout. La confrontation entre Gordon et Bullock, qui deviendra son co-équipier de toujours, est intéressante : là où on avait l'habitude de voir Bullock comme un vieux balourd aux ordres de Gordon, ici on découvre le Gordon apprenti, sous la coupe d'un Bullock usé par la ville et soumis à ses règles.

Parmi les gens un peu louches, on nous présente un personnage créé pour la série : Fish (Jada Pinkett Smith), sous-fifre du big boss mafieux Falcone. Elle est mi-séductrice mi-main de fer, et tenancière d'un club de strip-tease. C'est... assez... pas original du tout.


Si on regarde Gotham comme une série policière, on peut se prendre au jeu : mais qui a tué les riches bienfaiteurs de cette ville tenue par la pègre ? Comment vont évoluer les rapports entre ce jeune flic et ce gamin énigmatique et plein aux as qui a assisté au meurtre de ses parents ? Que vont devenir ces jeunes énergumènes aux comportements étranges que l'on nous présente plus que de raison ? Oui, ça pourrait être intéressant... Si on ne le savait pas déjà.

J'ai vu beaucoup de gens se plaindre d'incohérences quant à la vraie histoire de Batman et de ses ennemis. Mais y'a-t-il une version qui supplante les autres ? Personnellement, je n'ai rien contre la réécriture : je la soutiens même. Ce qui m'a valu de gros et nombreux soupirs pendant ces 48 minutes de pilote, c'est l'avalanche indigeste de références.

Enfin... Peut-on encore parler de "références" quand on nous présente dès le premier épisode la quasi-totalité des personnages qu'on attendait dans la série ? Les scénaristes ont oublié, à mon sens, la règle d'or du prequel : garder la place nécessaire à l'évolution, celle qui fait se demander au spectateur "Ah mais comment ça va se passer ? Comment ils vont en arriver à la situation qu'on connait tous ?".

Jouons à un petit jeu.

Cette jeune fille au visage le plus bizarrement félin que j'ai jamais vu est une pick-pocket et se déplace comme un chat en sautant des gratte-ciels de Gotham. Saurez-vous la reconnaître ?


Ce jeune homme sociopathe et timide avec un parapluie se fait surnommer "le Pingouin" par ses collègues mafieux et il déteste ce surnom. Mais il tombe dans l'eau glacée à la fin de l'épisode et quand il en sort, il se révèle et bute un innocent de sang froid. Mais qui peut-il bien être ?


La première ligne de dialogue de cette enfant est "Je m'appelle Ivy". Elle est rousse, coiffée comme un saule pleureur malade et s'occupe de plantes vertes avec l'oeil fou. Pensez-vous que nous la connaissons ?


Ce jeune homme à lunettes aime poser des questions avant d'y répondre, on lui dit souvent "Arrête tes énigmes" et "Il faut que tu te fasses soigner, Nigma". Hum hum, je me demande bien ce qui va advenir de ce charmant employé.


Et comme si tout n'était pas suffisamment putassier, finissons en beauté : ce joyeux luron fait un sketch comique dans un club appartenant à une mafieuse notable. Il sait dans quel milieu il trempe mais il paraît gêné par la violence. Il continue son sketch et on le gratifie d'un "Haha ! Tu es drôle !". C'est à peine s'il n'a pas une carte à jouer dans la poche de sa veste.


C'est le scandale de cette série : tous ces gens (à part le blagueur ci-dessus) ne sont pas des fous dangereux un peu excentriques en devenir : ils le sont déjà !

En fait, je me dis que Gotham a manifestement le cul entre deux chaises. Creuser la ville, en montrer les aspects les moins "comics" et extravagants : ça va intéresser les fans. Sur-présenter les vilains iconiques, tous les montrer dès le pilote : c'est fait pour accrocher un public qui ne connaît que très peu l'univers de Batman. Cela aurait pu être un coup de génie pour rassembler les deux publics mais les deux traitements sont ici trop éloignés pour être compatibles... et bizarrement, ce sont les méchants qui sont de trop.

Entre le terre-à-terre du combat police/mafia et le WTF des vilains, nous avons la trame qui concerne Gordon et Bruce Wayne, pour le moment assez peu développée. Cependant, le pilote se termine sur une note agréable puisque Gordon s'engage auprès de l'orphelin avec sa belle promesse. Je me suis demandé pourquoi, d'ailleurs, car de toutes les interprétations du petit Bruce, celle-ci est la plus agaçante et la moins attachante.
Personne ne coupe la parole à Alfred, gamin. Personne.

Si on fait abstraction de l'univers Batman, quelques défauts dits "de série américaine" subsistent encore, à base de "Je suis sortie en urgence car mon mari a disparu cette nuit mais mes cheveux sont parfaitement bouclés". Mais je dois dire que je suis assez curieuse de voir la suite de Gotham.

Il faut juste qu'ils changent le titre de la série.

EDIT : j'ai arrêté de regarder la série au milieu de l'épisode 3 quand, au sein d'un continuel enfoncement de portes ouvertes et de l'indigestion de références, Selina Kyle  annonce avoir vu le meurtrier des Wayne parce qu'elle "voit dans la nuit". Goutte d'eau. J'aurais vraiment voulu voir plus de cette version de l'univers de Batman... mais pour que je coupe un épisode en plein milieu, c'est vraiment que je trouve ça nul à pleurer.

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