25.1.17

Nocturnal Animals - Victime de la mode



- Pas de spoilers - 

Je ne vous le cache pas, je suis sortie de Nocturnal Animals avec un goût de pas assez mais aussi la tenace et frustrante impression que je n'avais pas vraiment compris le film. Pourtant, si. Et j'ai plutôt très envie de le revoir.

Synopsis : Susan (Amy Adams), la grosse trentaine, est une galeriste à succès, a une belle maison et un riche homme d'affaires pour époux. Un jour, elle reçoit un manuscrit de son ex-mari Edward (Jake Gyllenhaal), qu'elle n'a pas revu depuis 10 ans.


Adaptation du roman Tony & Susan d'Austin Wright, le film était vendu avec des bandes annonces plus mystérieuses les unes que les autres, promettant un thriller psychologique prenant, doté d'une photographie superbe et d'un casting très intéressant.
Eh bien, pas de mensonge sur la marchandise. Ce qui interpelle tout au long du film, c'est l'éclairage et l'esthétique des plans, pas toujours originaux mais toujours réussis. On a beau dire que c'est normal pour un mec comme Tom Ford qui était styliste chez Gucci et Saint-Laurent avant d'être réalisateur, je trouve que ce n'est pas si évident que ça. Parce que le cinéma et la mode, s'ils relèvent tous les deux de l'Art, n'ont pas grand chose en commun. Regardez, moi par exemple : je fais des crêpes délicieuses (en toute modestie, toujours) mais je suis incapable de faire des gaufres mangeables alors que c'est presque la même pâte. Mais je m'éloigne du sujet. Enfin si vous avez une astuce gaufres, je prends.


Il est difficile de parler de Nocturnal Animals sans le spoiler tout autant qu'il est difficile de trouver des photos du film, qui représentent quasi-exclusivement des personnages isolés. Il y a une raison à cela : Nocturnal Animals parle de gens et de sentiments. Les gros plans sur les visages ou les yeux - miroir de l'âme - sont nombreux mais ne relèvent pas du tic de réalisation surfait. Le film ne contient pas réellement de scènes ou de dialogues cultes à proprement parler, la "platitude" de certaines répliques lui a d'ailleurs été reprochée. Il se ressent dans son entier plus qu'il ne se regarde.

Je regrette simplement quelques petites maladresses de montage qui expédient un peu trop vite deux ou trois plans, les empêchant de réellement nous impacter tandis que le reste du film prend son temps. Par un effet de contraste, certaines scènes deviennent plus marquantes par leur rythme ou leur enjeu mais j'ai trouvé qu'il manquait un petit rien sur certains plans, vraiment pas grand chose, quelques secondes supplémentaires, qui leur aurait permis de frapper plus fort et de libérer tout leur potentiel. Notamment sur le dernier plan du film : c'est ce qui m'a fait douter de son sens pendant le générique de fin alors que je n'avais aucun doute pendant la séance. A sa décharge, il est agréable que Tom Ford nous épargne cet "assistanat du spectateur" présent dans beaucoup de productions contemporaines, et encore plus dans les thrillers.


   

Le casting est vraiment impeccable. Amy Adams est juste, tour à tour glaciale ou simplement humaine. Jake Gyllenhaal, Michael Shannon (nommé aux Oscars pour son rôle) et Laura Linney sont très bons également mais celui qui m'a soufflée, c'est Aaron Taylor-Johnson. Kick Ass a bien poussé, il est méconnaissable et excellent. J'ai aussi noté l'agréable présence d'Isla Fisher (la magicienne des 4 Cavaliers dans Insaisissables, la femme du garagiste dans le Gatsby de Baz Luhrmann), présence amusante puisque qu'Amy Adams révélait récemment en interview qu'on la confondait souvent avec Isla Fisher.

La bande originale n'a pas grand chose à envier aux BO de Trent Reznor & Atticus Ross sur les derniers films de David Fincher... C'est d'ailleurs ce nom qui vient rapidement en tête quand on se demande où on a déjà vu ce style de réalisation et de thématique, très efficaces et pourtant dénués d'esbroufe. 

Il est difficile de ne pas vous parler davantage de l'histoire mais encore une fois, même s'il y a un cheminement, on est davantage dans le ressenti que dans les rebondissements en série. Tom Ford a filmé une histoire qui tape un peu là où ça saigne, sans faire du petit clin d'oeil au milieu de la mode l'intérêt principal de son film, ce qui le rendrait faussement subversif et putassier. 

S'il n'est pas parfait, Nocturnal Animals est un très bon film, dont l'intérêt principal réside justement dans la compréhension de son titre, ce costume dans lequel on n'a pas vraiment envie de se voir. Venant d'un styliste, c'est un comble.


Photos : ©Universal Pictures / Focus Features

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