1 juillet 2015

Enfants/adultes et... Vice-Versa



- Pas de spoilers -

Depuis toujours, le fond de commerce de Pixar est de nous faire nous attacher à des bestioles/entités sans que ce soit évident de prime abord : des rats, des jouets, des robots, des monstres, des voitures... Comment ? En les humanisant et en les dotant de sentiments - de bons sentiments, si possible. Aujourd'hui, ils vont plus loin en donnant des sentiments aux sentiments eux-mêmes, le truc un peu propice à l'enfermement et au cliché.

Je n'avais pas prévu d'écrire quoique ce soit sur le film jusqu'à ce que je tombe sur ce tweet il y a quelques jours :


Primo, on a quand même le droit de choisir les films qu'on regarde.
Secundo, ce monsieur pense, comme hélas beaucoup de gens, que "film d'animation = film pour enfants". Ce ne serait pas si déprimant s'il n'était pas le rédacteur en chef culture d'un journal très lu. Pour être aussi peu au courant, faut y aller fort : Pixar est quand même connu pour faire des films tous publics qui proposent une double-lecture de plus en plus présente avec le temps, afin que toute la famille en profite. Et d'autant plus dans Vice-Versa, qui n'est pas du tout un film fait pour les enfants. Ce qui me laisse à penser qu'en plus d'être ignorant et pédant, l'auteur de ce tweet a également été assez con pour parler avant de voir le film. C-c-c-combo.

Vice-Versa, c'est l'histoire pas si extraordinaire de Riley, petite fille de 11 ans, qui doit déménager avec sa famille dans une ville étrangère. Pour gérer ça, elle peut compter sans le savoir sur les émotions qui contrôlent son esprit depuis sa naissance : Joie, Colère, Tristesse, Peur et Dégoût. Ils prennent tour à tour les commandes d'une console pour dicter à Riley ses moindres faits et gestes, ils gèrent ses souvenirs toute la journée avant de les envoyer dans la mémoire à long terme et veillent depuis le centre de contrôle au bon fonctionnement des îles de personnalité de la jeune fille, soit ses intérêts les plus profonds : famille, amitié, honnêteté, bêtises et sa passion, le hockey sur glace.




Matérialiser ou personnifier des pensées au cinéma, ce n'est pas nouveau (Eternal Sunshine of The Spotless Mind, Inception...) et Vice-Versa le fait aussi bien que les films précités. Voilà précisément la raison pour laquelle ce n'est pas un film fait pour enfants ! Alors bien sûr, les yeux des bambins ou des presque-ados verront une chouette aventure, des décors colorés, des personnages drôles et attachants, pourquoi pas une leçon de vie. Les adultes, eux, verront Vice-Versa comme un attendrissant retour dans le passé et profiteront du réel coeur du film. Clairement, quelques détails et répliques cinglantes ne peuvent pas être captés par les plus jeunes (ex : la blague des "faits/opinions") et certains événements prennent une autre portée quand on a passé la barre des 25 ans.


Nous passons le plus clair du film avec Joie et Tristesse, séparées par accident du reste de la bande. Même si les autres sont drôles... ils ne sont que ça, au final. Les deux émotions principales nous emmènent dans leur aventure sans jamais être caricaturales ou redondantes, enfin, sauf quand c'est pour la blague. On découvre avec elles les recoins de l'esprit de Riley à travers la mémoire à long terme, la production des rêves ou encore la pensée abstraite, autant de lieux savoureux par leur représentation et par ce qui s'y passe.
Le doublage français des Sentiments est réussi et on aurait pu relier à l'aveugle chacun des acteurs à leur personnage. Personnellement, amour éternel sur Charlotte Lebon qui transcende Joie et énervement éternel (mais ça colle !) devant Mélanie Laurent qui joue Dégoût.
Le design des personnages est parfait, comme d'habitude, sauf pour Joie dont le visage me semble un peu trop rond et lisse pour paraître vraiment achevé. La consistance des personnages est troublante et rappelle qu'ils ne sont au final "que" des émotions : de près, leurs contours sont vaporeux.


Alors d'accord, c'est plein de bons sentiments mais les nuances sont assez présentes pour faire de Vice-Versa une production plus adulte et profonde que les précédents films de Pixar ou Disney. La fin continue dans ce sens et offre aussi une agréable surprise. D'accord, ce ne sont pas de vrais acteurs sur l'écran mais on n'est pas pour autant devant les Looney Tunes. D'accord, il y a beaucoup de situations drôles mais c'est du bon humour.

Et puis... même si Vice-Versa était un film pour enfants, du moment que les petits s'émerveillent, que les grands se marrent comme des baleines et que tout le monde passe un bon moment ensemble... qu'est-ce qu'on s'en fout. Le cinéma, c'est fait pour ça, non ?



Photos : ©Disney/Pixar

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